Le journal de l’étrangeté

Poésies de Marc-Henri, mars 2020
Journal de l’étrangeté, Sixième jour

Les doigts solaires continuent d’effleurer.
Chambres mentales ouvertes
Où l’on voit nos lointains
Manipulant leurs instruments de songe
Infranchissable.
Qu’essuie à ses fenêtres épanouies
Cet homme,
Si attentif que je n’existe plus
Que dans l’absence où bat sa vie concise ?
Ailleurs, les cerisiers en ascension
Dévoilent à mon attente
Le coeur luisant du monde.

© Marc-Henri Arfeux, Samedi 21 Mars 2020, 19h22

 

Journal de l’étrangeté, Premier jour

Modestement,
Au pied d’un parapet,
Comme un poète errant
Qui se réchauffe,
Une simple fleur du simple jour,
Soleil naïf à quatre faces
– Porte bonheur ?
Et toi, étonné de voir qu’en dépit de tout
Dans ce jour qui vacille,
Ton ombre fidèle
Marche encore devant toi.

© Marc-Henri Arfeux, Lundi 16 Mars 2020, 19h45

 

Journal de l’étrangeté, Dixième jour

Ce soir, la voix du bronze
Frappe au tympan du vide.
Ce soir, la flamme,
Giflée par le silence,
La forme de tes mains levées devant l’espace,
Plus vaste et seule que le serait la lune
Si elle s’était levée.
Ce soir, l’absence de ces absents
Dont nul ne connaît à lui seul chacun des noms,
Comme une fumée dans le brouillard.
Restent pourtant l’offrande et l’amour cerisier
Donné dans la lumière
Selon le don de l’inutile,
Et le léger visage du ciel entrelacé,
Tout l’amour cerisier, tout l’amour cerisier ;
Ce soir, il n’y pas d’étoile.

© Marc-Henri Arfeux, Mercredi 25 Mars 2020, 23h02

 

Journal de l’étrangeté, Onzième jour

Les veines épanouies selon tes doigts
Se ramifient dans des régions de l’univers
Où tu n’iras jamais qu’en oubliant ce corps
Assis en cet instant avec une pierre,
La table nue et la bougie du haut silence.
Dehors est l’incertain
Livré sans heure aux nostalgies du vent.
La beauté d’un corbeau traverse ton regard.
L’attente est son royaume où ne glisse aucun pas.
Lui seul est assomption d’outre lueur
Dans le désert des lèvres closes.
Puis une fraîcheur, le fin rameau de l’air
Ouvrant la nuit,
Et toi,
Qui n’est qu’oscillation sur le fil avancé du rien
Posant à mots scellés la seule question
A la fois clé, serrure et porte
Hantée d’un seuil.

© Marc-Henri Arfeux, Jeudi 26 Mars 2020, 23h30,

 

Journal de l’étrangeté, Quinzième jour

Le monde fait cercle clos
A l’intérieur des petits mondes
Où se déplacent les animaux des yeux.
Les pas, sans cesse, dessinent au sol
Des pistes sans issue.
Mais les objets sont plus fidèles,
Imperturbables et graves
Comme des gardiens veillant des temples oubliés.
Eux savent de toute éternité les noms secrets
Disséminés comme le pollen,
Le sable et et les étoiles
Dans les mains de l’énigme
Où nous restons, les yeux chiffrés de foudre
Et de serrures,
Tandis que les appels.

© Marc-Henri Arfeux, Lundi 30 Mars 2020, 22h