Etes-vous ardent, tiède ou froid ?

«  Etes-vous ardent, tiède ou froid ? » (Yoga Sutra de Patanjali)

Texte de Philippe Mons présenté par Jenny, mars 2020

 

Et maintenant voici quelques réflexions tirées d’une lettre que mon ancien professeur de yoga de Lille, Philippe Mons, a écrite à ses élèves à propos de la pratique pendant ce temps de confinement et d’isolement.

Connaissant Philippe et son exigence, je n’ai pas été surprise par le contenu de sa lettre. Elle est à son image de Guerrier « ardent » du Yoga.

Au travers de sa lettre qui m’a beaucoup touchée, c’est plutôt aux chevronnés de la pratique – Ashtanga ou Yin -, aux Yogis avancés sur le Chemin que je m’adresse à présent plus spécifiquement.

J’espère en effet que les avancés sur le Chemin du Yoga ne se laissent pas plus perturber que moi par le confinement ou une pratique solitaire (?)

Bien sûr Philippe a une longue expérience derrière lui. Il fait partie des vieux de la vieille comme on dit. Il pratique le yoga depuis l’âge de 20 ans. Il a aujourd’hui 79 ans et continue sa pratique d’asanas tous les midis. Quand je suis à Lille, c’est toujours un plaisir pour moi de pratiquer avec lui. Il ne fait plus d’Ashtanga mais ne démissionne pas devant les Asanas. Dans la journée il consacre aussi du temps à la méditation et au Pranayama. Il prépare comme il dit son départ. Moi aussi d’ailleurs. Chacun d’entre nous, en fait aussi. Mais pour lui comme pour moi, le chemin à rebours a commencé depuis un certain temps déjà !!!!

En attendant, même si c’est toujours agréable et confortable de pratiquer en groupe, prenons ce changement de situation comme une opportunité de vivre le Yoga différemment. Pas besoin de se retirer dans une grotte en haut de l’ Himalaya pour se retrouver face à soi ! L’Himalaya vient vers nous ! Profitons au maximum de cette opportunité d’escalader notre Mont Kailash personnel en notre for intérieur. Face à nous-mêmes, sans plus cette béquille du « Divertissement mondain » que dénonçait déjà Blaise Pascal au 17ème, vivons cette situation comme une situation de « révélation ». Acceptons positivement comme Philippe le demande à ses élèves ce que cette pandémie peut nous offrir, à nous Yogis :

 

 

« Cette pandémie virale que traverse l’humanité actuellement est un moment privilégié pour les yogis puisque le confinement requis n’est pas une restriction mais son inverse : 

– L’extension de notre pratique

Pour la première fois de notre vie (en tout cas de la mienne), nous sommes en lieu et place de l’ermite sur le Mont Kaïlasha 

– Notre logis est notre ermitage.

– C’est la raison pour laquelle je suis à la fois surpris et déçu de toute cette agitation en ligne à propos du yoga, comme s’il fallait à tout prix remplir le vide causé par la fermeture momentanée de nos centres.

– Déçu parce qu’y participent des professeurs que j’estime, qui ne semblent pas avoir saisi l’importance du moment présent et qui tentent de maintenir une agitation, c’est à dire un lien de dépendance, tout à fait réciproque d’ailleurs, à travers la toile d’araignée.

– C’est le moment justement de larguer les amarres de la dépendance.

Ce moment sans précédent est justement un moment de silence, de recueillement, d’apesanteur, de ressourcement.

Vous avez actuellement le loisir de pratiquer face à vos seules résistances intérieures. Patanjali vous pose la question : « êtes-vous ardent, tiède, ou froid ? »

Nul besoin d’une guidance internet. Vos capacités mnésiques et cognitives remonteront au jour ce que vous avez appris dans nos centres avant que nous nous retrouvions avec plaisir et entrain.

Tout ceci, enfin, et surtout pour, dans le silence, réaliser que la vie est une maladie mortelle.

S’opère un décentrement : bien sûr que nous le savons, mais ce virus vient brutalement arracher l’opacité des habitudes et des banalités.

Nous avons de la chance de pratiquer le yoga puisque nous sommes dans une situation non de contrainte mais de révélation.

A bientôt, j’espère

Philippe, le 25 Mars 2020