Une approche du Yoga classique indien

 
Né en Inde il y a plusieurs millénaires, le Yoga a véritablement été introduit en Occident depuis les années 60 du vingtième siècle. Par ses vertus physiques et psychiques il a progressivement connu un tel succès qu'il fait désormais partie de la culture contemporaine mondiale.
 
Le Yoga classique (ou traditionnel), discipline exigeante, repose sur un corpus de pratiques et de concepts dont l'objectif est la connaissance, l'éducation et la maturation des structures physiques et psychiques du pratiquant afin de lui ouvrir les portes d'un cheminement intérieur vers sa véritable nature.
En Inde, traditionnellement, cette transmission a lieu entre le guru et le disciple.
 
Le terme Yoga vient de la racine sanskrite YUG habituellement traduite par joindre, unir, relier. Le Sanskrit est une langue indo-européenne. On retrouve cette racine YUG dans le mot français joug. Dans cette acception, le concept de Yoga évoque la mise en relation dans un certain ordre, la réunion, l'union dans une unité métaphysiquement ordonnée et spirituellement avérée de l'entité humaine dans son être intime.
L'union, la relation par excellence (c'est la proposition fondamentale de tous les yogas traditionnels indiens), c'est la relation entre l'individu et le Cosmos se reflétant l'un dans l'autre. L'union du fini avec le non-fini transcendantal, quel que soit le nom qu'on lui donne.
Cette expérience n'est potentiellement possible qu'au delà du champ du verbal et des représentations mentales, représentations prises pour La Réalité (Le concept de Réalité Objective).
Dans l'expérience transmise du Yoga, le sujet (le Témoin par essence) participe plus qu'intégralement aux expériences et évènements à travers l'acte de conscience : il les reflète.
Sur le chemin des Yoga, le témoin dormant, ignorant sa propre réalité ainsi que celle de l'acte de conscience, s'éveille à sa propre nature.
 
Il y a une différence ontologique non négligeable entre les propositions du Yoga et le courant actuel de pensée issu des sciences occidentales. Du point de vue de la pensée scientifique occidentale, pour témoigner légitemement de la réalité, objectivement, la condition sine qua non est d'éradiquer les éléments de subjectivité propre à l'observation humaine afin d'éviter toute déformation.
Cela induit l'idée que l'objet est réel et le sujet potentiellement irréel, ou, tout au moins, que la subjectivité intérieure ne mérite pas, par nature, le même statut d'objet d'investigation par une méthodologie, une rigueur, scientifique. Ce qui, par principe, barre la route à la connaissance réelle du sujet (le "connais-toi toi-même", directement, sans médium).
Pour le Yoga de Patanjali la démarche par la pratique consiste à connaître et à désamorcer les mouvements conscients et inconscients de l'esprit, les conditionnements, qui troublent les états de conscience, jusqu'au point où l'esprit, le sujet, dans son immobilité non contrainte, reflète le cosmos comme un lac sans ride reflète la lune et les étoiles.
Dans le premier cas il y a une connaissance humaine du monde se voulant indépendante de l'homme (la seule connaissance admise est celle de l'homme considéré comme objet extérieur d'étude). Dans le second cas la connaissance de l'homme est, simultanément, la porte d'accès .au monde et sa connaissance. Soi et le monde étant par essence distincts des images de soi et du monde.
 
Une autre compréhension possible du terme Yoga est "l'habileté dans l'action", sans restriction dans la nature de l'action.
C'est un sens directement accessible à tout étudiant indépendamment de son arrière-plan culturel et religieux permettant un enrichissement sans limite.
 
On pourrait se dire que, même en Inde, la pratique gymnique de postures que l'on rencontre dans les différents styles de Haha Yoga semble répondre à des motivations éloignées de ce contexte culturel. Pourtant ce n'est pas le cas. Les écoles de Hatha Yoga modernes sont structurées, entre autres, par les "Yoga sutras de Patanjali", texte de référence, qui transmet avec ses nuances propres les concepts du Yoga classique indien.
 
ASHTANGA YOGA DE PATANJALI
 
Il y a plus de 2000 ans, le légendaire sage indien Patanjali a donné à la culture yogique indienne une pierre angulaire du Yoga moderne sous la forme d'un traité nommé "Yoga-Sûtras de Patanjali". L'approche de cet ouvrage se veut systématique et présente la pratique de Yoga comme une science méthodique vers Soi au delà des diverses limites humaines qui entravent notre perception. Les huit étapes de l'Ashtanga Yoga sont l'ossature de cette approche systématique, des repères, des piliers.
 
Les termes Ashtanga et Yoga proviennent du Sanskrit, la langue des textes sacrés de l'Inde. Ashto signifie huit et anga, membre. Le sens littéral est : le Yoga aux huit membres. Il s'agit d'une proposition de structuration de la pratique (dans son sens intégral) en la présentant en huit étapes d'un cheminement non linéaire.
 
Les deux premières étapes sont les principes éthiques universels et les règles personnelles (Yamas et Niyamas). Puis viennent les postures physiques (Asanas) et le contrôle respiratoire (Pranayama). Les quatre dernières étapes appartiennent à la méditation : le contrôle ou le retrait des sens (Prathyara), la concentration (Dharana), la méditation (Dhyana) et la fusion avec l'universel (Samadhi)
 
Aucune des formes actuelles de Hatha Yoga pratiquées en Occident ne s'écarte de la référence aux Yoga-Sûtras de Patanjali. De ce point de vue nous pouvons dire que le terme Ashtanga Yoga encadre et définit la pratique du Yoga classique tel que nous y avons accès aujourd'hui.
 
Il existe un grand nombre de traductions des Yoga-Sûtra de Patanjali disponibles en français.
 
ET NOUS AUTRES OCCIDENTAUX ?
 
A propos des occidentaux abordant la pratique de Yoga nous pouvons faire deux remarques.
 
La première c'est que les philosophies et pratiques indiennes, issues d'une part de révélations et d'autres part de l'étude systématique, parce qu'elles sont anciennes, qu'elles ont duré et qu'elles sont donc devenues plurielles, ont donné des courants philosophiques complexes et quelquefois apparemment opposés conceptuellement.
Ce qui explique les différences notables qu'on peut par exemple trouver entre la philosophie de l'Advaïta Vedanta et les Yoga-Sûtras de Patanjali.
A notre connaissance, une seule direction n'a pas été explorée ni valorisée par la philosophie indienne. Elle n'a jamais engendré une forme de pensée matérialiste nihiliste semblable à celle qui domine actuellement l'Occident. Celle-ci est l'apanage d'une pensée relativement contemporaine née en Europe. Nous devons lui reconnaître sa propre utilité et ses propres mérites dans l'évolution de l'homme et de ses compétences. Au delà de tous les dangers, et il faudra les comprendre et y répondre, notre culture, car il s'agit de la nôtre, affranchit l'homme des contraintes religieuses et métaphysiques dogmatiques.
L'homme d'aujourd'hui veut éprouver son sentiment de liberté et de choix individuel dans ses actions et ses orientations.
Le pratiquant occidental qui se sent attiré vers la pratique de Yoga ne doit pas oublier ces différences culturelles dans son cheminement.
 
Deuxième remarque : les motivations des élèves peuvent être très variées : recherche du bien-être, de la détente, d'une activité sportive, d'effets thérapeutiques physiques et mentaux, de développement personnel, de connaissance de soi, d'une activité holistique alliant tous les plans, y compris spirituel et philosophique, etc.
A l'école nous considérons cet arrière-plan culturel du Yoga auquel nous avons accès en tant qu'occidentaux du 21ème siècle pour ce qu'il est : un arrière-plan de référence pour qui veut comprendre la pratique de Yoga en profondeur et avancer sur ce chemin. Pour autant, comme dit plus haut, chacun arrive à l'école avec des motivations personnelles qui dépendent de la biographie individuelle et de la nature de chacun.
Parce que nous nous souvenons très bien des aléas et des motivations qui nous ont conduits nous-mêmes à cette discipline, il nous serait très difficile de porter un jugement de valeur sur une personne sur la base d'une évaluation morale de ses motivations.
Dans la mesure où une certaine éthique de base et une certaine ouverture sont présentes dans le coeur et le comportement du pratiquant, tout est juste et justifié. Chacun a la place qui lui est propre.
 
Les motivations les plus fortes pour la pratique sont l'envie et le besoin.
 
"Practice, practice, practice, and all is comming" disait Sri K. Pattabhi Jois le grand maître d'Ashtanga Yoga de Mysore.
 
Inspir, expir, tout va bien.